La commande de spécialiste

La commande de spécialiste - Michel-Ange Tiberi

Si ma femme apprend que je suis en train de raconter cette histoire, je pense que j'aurai des problèmes et qu'elle voudra demander le divorce. Je blague bien sûr ! En fait, c'est sa faute.

Elle a la mauvaise habitude de jeter trop de papier dans la cuvette de la toilette. Je sais bien qu'elle ne le fait pas intentionnellement, mais elle ne fait rien non plus pour l'éviter. Et après elle désespère et elle appelle son mari pour qu'il fasse le dépannage. Mais là, je commence à en avoir marre !

Normalement, ça suffit avec un plongeur de toilette pour réparer la cuvette. Toutefois, la semaine dernière la situation a été bien plus grave, j'ai passé deux heures avec le plongeur à essayer de la déboucher, mais ça n'a pas marché. Oui, exactement deux heures (soit cent vingt minutes ; ou cent vingt-deux pour être exact). J'ai compté le temps pour que ma femme prenne conscience de la bêtise qu'elle avait commise. En outre, je dois avouer également que je suis un peu obstiné parfois et que je suis capable de faire des choses comme celle-ci quand j'ai un but en tête.

J'étais frustré, mais j'avais compris que je gagnerais du temps en commandant les services d'un spécialiste. Pourtant, je n'en connaissais aucun. J'ai donc fait ce qu'on fait habituellement, j'ai tapé « debouchage drain » sur la barre de recherche de Google. J'ai cliqué au hasard sur une des premières entreprises affichées comme résultats de ma recherche. J'ai trouvé facilement un numéro de téléphone pour des urgences.

J'ai composé le numéro en question et une jeune fille a vite répondu à mon appel. Je lui ai expliqué ce dont j'avais besoin, elle m'a informé du tarif et du délai prévu, entre trente et soixante minutes. J'ai accepté et elle a donc pris mes coordonnées.

J'avais décidé de me calmer pendant que j'attendais. Un thé chaud m'a aidé à me calmer un peu (ma femme n'osait même pas m'adresser la parole). À un moment donné, j'ai vu à travers la fenêtre une camionnette avancer vers la maison. Elle portait le logo de l'entreprise que j'avais appelée.

Pourtant, elle ne s'est pas arrêtée chez moi, mais quelques mètres plus loin, chez un voisin. Pendant que je regardais la camionnette, j'ai vu deux hommes descendre et frapper à la porte de mon voisin.

Je me suis donc approché et j'ai dit à ces deux hommes que c'était moi qui avais commandé le service. L'un d'eux a consulté un engin électronique et m'a répondu que c'était bel et bien l'adresse de mon voisin qui lui avait été envoyée.

J'ai dû rappeler au même numéro : on m'a informé que ma commande avait mystérieusement disparu du système.